A ) Externalité stratégique occidentale et Sanctuarisation salafiste au Nord Mali et au Sahel:

       les logiques du "Nouvel Islam" dans le Sahel

 1°) L'Occident et l'internationale salafiste: ou Alger se débarrasse de ses "fous de Dieu" en les acculant en Afrique noire:

Suivant une option stratégique occidentale dans le contexte de la guerre asymétrique contre le terrorisme, visant à transplanter et à implanter la guerre chez l'ennemi salafiste, l'Occident est parvenu, notamment depuis l'opération de l'OTAN en Afghanistan avec la nouvelle théorisation de la guerre qui l'accompagne, à fixer le salafisme guerrier et mondialisé en de points précis de la planète, en favorisant malgré lui des métastase du salafisme conquérant en Afrique de l'Ouest à dominance musulmane.

Ainsi, le Sahel est devenu progressivement, depuis plusieurs années un sanctuaire d'Aqmi. Une métastase de Al Quaeda, qui est parvenue à une alliance socio économique avec certaines réseaux socio économique arabo touareg du Nord Mali. Telles sont la base socio économico politique, la source, du fait de guerre occidental, du processus de sanstualrisation du salafisme magrebin, puis de plus en plus africain au Sud du Sahara.

Les deux types de salafismes magrébin et sahélien étant les deux faces d'une même médaille du Jihadisme  internationaliste et mondialisé. Et la pression militaire d'Alger sur ses propres salafistes a eu pour effet depuis les années 2000, notamment avec l'avènement du Président Bouteflika au pouvoir, d'acculer une partie des Katibas ou  unités combattantes vers le Sud Algérien puis vers la zone instable du Sahara Occidental. Le besoin de profondeur stratégique aidant,  le Nord  Mali, une partie de la Mauritanie et du Niger, bref une bonne partie de la bande sahélienne, s'est avéré un lieu de repli et d'arrière base.

Au cours du long séjour du GSPC, groupe salafiste pour la prédication et le coran, métastase du GIA dans le Sahara et le Sahel, s'est distingué plus par le narco traffic  et la contrebande en vue de financer sa guerre en Algérie. D'où la tendance narco salafiste qui a trouvé tout naturellement ses alliés auprès des rébellions actives ou résiduelles maliennes et nigériennes.

Les villes de Kidal, de Tombouctou, de Gao, en dépit de l'application sur elles des programmes de développement discriminé à la faveur des accords d'Alger, ne rompront pas, notamment au sein de ses habitants touareg et arabes, d'avec l'économie nomade. une économie qui s'adapte assez bien avec les espaces échappant au contrôle souverain des Etats faibles d'Afrique au Sud du Sahara.

Petit à petit, face à une politique de décentralisation qui n'empêchait par la localisation du centre, cette alliance entre des salafistes algériens et les réseaux socio économiques touarego arabes du Nord Mali, une économie de l'insurrection s'implante. Par désir de médiatisation ou tout au moins dans la logique du salfisme mondialisé, car s'appuyant sur des dispositifs médiatique si fins, si massifs et si presque atemporels, les groupes salafistes algériens firent allégeance à Ben Laden au fort de la guerre en Afghanistan.

Tous les liens qui se tissaient entre les métastases salafistes algéro mauritaniennes, la nouvelle économie insurrectionnelle et nomade du Nord Mali, le leure du développement décentralisé sous le régne de ATT, la venue d'anciens combattants pro Kadhafi, ne sont en fait que le faiseau de facteurs devant conduire l'internationale salafiste version africaine à son niveau de sanctuaire pour le Jihadisme mondialisé.

B) Analyse discursive: Salafisme mondialisé et universalisme monothéiste.

L'internationale islamiste est non seulement liée à l'universalisme idéologique monothéiste, mais aussi à la mondialisation médiatique. Car, en rendant le monde réduit, en comprimant la catégorie statio temporelle, toute internationale se doublant de l'universalisme humaniste et monothéiste, devient opérante et efficace. Par l'effet structurant des médias, elle s'érige aussi en paradigme politique, suivant lequel la pensée de la chose publique se place au coeur des discours en lutte.

Les médias, sous leur forme informatique ou numérique n'ont pas pour seul fonction de "présentifier" le monde des événements, de favoriser la tyrannie du Now, de réduire l'espace et le temps; ils ont aussi pour fonction de fournir les réseaux socio politiques par lesquels les liens psycho-politiques, émotifs, le sentiment communautaire, cyber communautaires. Ils les tissent.

Il en est ainsi de l'internationale salafiste. Elle trouve en la toile, un formidable outil de propagande politico religieuse, tandis que l'Occident puissant en fait un instrument de propagande marchande. Au commencement internet fut militaire, aujourd'hui, pour les faibles il reste militaire, en ce sens que c'est un outil de guerre, étant entendu que la guerre est un phénomène social total, suivant le concept de Marcel Mauss.

Les multiples études de terrains effectuées par notre institut en ligne au Nord du Mali, du Nigeria, au Darfour, m'ont amené à m'attarder sur trois choses:

1°) le discours salafistes - 2°) les micro connexions entre itinéraire individuels et les dynamiques collectives - 3°) les processus de ce que le théoricien de la médiologie, Regis Debrey appelle l'archéo modernisme, ou encore le processus de modernisation mortifère du salafisme.

1°) Les discours et leurs dimensions théologico politiques: processus du "nouvel Islam africain"?

 Si Al Qaeda a, dans son discours, dénoncé l'état de faiblesse politique des musulmans malmenés et affaiblis dans le monde, a défendu la cause palestinienne et celle des opposants islamistes clandestins aux monarchies arabo musulmanes aujourd'hui menacées avec les printemps arabes, alliées de l'Occident; dans la métastase locale des groupes salafistes magrebins et au vu des nouveaux contextes de participation démocratique des mouvements politico religieux dans la vie publique au Magreb, les discours de Ansar Edine dirigé par Iyad Ag Ali, du Mujao composé des saharoui et mauritaniens ayant longtemps hébergé des prédicateurs algériens et de quelques afro salafistes nigérians, maliens, nigériens, sénégalais et Burkinabe, béninois, de Boko Haram composés des salafistes nigérians, nous intéressent.

Sur le plan religieux, paradoxalement, le salafisme introduit une modernité dans l'univers religieux hiérachisé de manière verticale, dynastique, avec des Cheich marabouts, des guides religieux vénérés, etc. Il est important d'indiquer sous le rapport théorique, que la modernité n'est pas l'apanage de quelle que civilisation que ce soit. l'anthropologue français Goerges Balandier la définit comme ce moment qui marque la culture et la civilisation, ce moment de tension, de processus de mise en crise, entre le passé et le présent, entre le traditionnel et le moderne; comme ce moment des nouveaux processus historiques en gestation. Lesquels processus touchent les grandes structures mentales et matérielles, politiques et culturelles, etc.

Suivant cette acception de la modernité comme temps d'une culture où se déploient des lignes d'interrogations, de questionnements et de quêtes de sens, ainsi que des pratiques du salafisme mondialisé on peut dire que les islamistes créent du mouvement, mettent en crise des establishments hiérarchiques autour de l'islam des Tarilka au quel une bonne partie des musulmans africains est habituée.

De ce point de vue on peut affirmer que les premiers rivaux et ennemis du salafisme politique, ce sont les autres musulmans pratiquant un islam soufi ou dépendant sur le plan de la hiérarchie à un Cheikh ou à un guide, étant donné qu'ils sont dans la restauration d'un islam des âges reculés de la période Mohamédienne. D'où le terme néologiste d'archéo-modernisme qui peut servir à rendre compte sur le plan conceptuel de la pratique et de l'idéologie salafiste. En étymologie arabe Salafa signifie les tenants de l'islam des origines, celui qui ne fut pas trahi par les instances interprétatives au cours de l'histoire. On peut les appeler aussi les "Ah loul Suna". Les compagnons de la Sunna.

A titre d'illustration de notre propos, la bataille théorique qui avait opposé et qui oppose toujours les élites et militants de l'organisation salafistes Boko Haram au Nord du Nigéria et les Uléma du Nord Nigeria dans les villes comme Kano, Maidiguri, Bauchi, Sokoto, et autres; la bataille qui oppose actuellement les élites théologiens de Ansar edine et les tenants de l'islam des Chérif, des saints maliens, traduit, comme dans tout début d'insurrection salafiste la source idéologique, ce moment discret, parce que abstrait de la crise, de la tension entre passé et présent.

Affinons l'illustration en exemple, le Cheikh Mohamed Yusuf, initiateur théorique de Boko Haram en rupture avec le Cheickh de l'Etat de Kano son maître, constitue, dans cette logique de crise d'une culture et des modèles, ce que Gille Deleuze appelle une ligne de fuite théorique d'abord avant d'être une ligne de fuite socio politique.

La ligne de fuite n'est pas hors du système des valeurs d'une époque ou d'une société, mais à l'intérieur. Et c'est de l'intérieur qu'elle se lance vers un ailleurs, en traînant les traits de son bercail idéel, mais pour tenter d'inventer autre chose qui peut être le retour au passé, et pas forcément la nouveauté. On a là l'illustration de la conception circulaire, tournante de l'histoire. Elle se répète, mais en bégayant.

Seulement avec l'articulation entre cette fuite  qui ramène aux âges reculés ou présents et les éléments  structurels de la technique ou immatériels que sont les désirs politiques irréductibles aux facteurs explicatifs des évènements, on assiste à du mouvement. Ainsi se fait et va l'histoire. Il me semble que c'est le désir politique et collectif qui en est le moteur déterminant.

Pour information du lecteur, le maître de Cheich Yusuf fut liquidé au début de l'insurrection de Boko Haram au moment de la prière, ce qui est contraire au droit de la guerre islamique et qui signalait  la radicalité et le caractère étrange de ce qui ce qui se passe actuellement au Nord Nigeria. C'est donc au début de sa gestation que la bataille théorique entre Yusuf et son maitre a tourné au meurtre. Bataille physique inaugurant la bataille théorique qui est actuellement en cours.

Dans cette micro bataille annonçant celle qui s'effectue actuellement, y compris au Nord Mali et peut être bientôt dans l'Afrique de l'ouest à dominance musulmane, on peut percevoir quelques axes: la pureté de l'islam ou le puritanisme islamique entre Sunisme et Bidda - l'usage politique de l'islam comme modèle de gouvernance et paradigme cognitif - les structures des Tarika versus celles nouvelles, du "nouvel Islam". Tels sont les termes et axes de cette bataille théorique.

Une parenthèse historique (la période du 9é au 11é siécle) montre qu'il y a des siècles, l'islamisation de l'Afrique noire se faisait par le commerce, la conquête militaire et l'articulation entre aristocratie guerrière et commerçante arabes et les réalités culturelles locales africaines,  le constitutif de la matrice socio religieuse de l'islam des Tarika. Les propagateur de cet islam du 9 siècle en Afrique avec les invasions almoravides sont les saints dont les cimetières sont profanés au nom de l'islam pur, sans intermédiaire, sans instance interprétative, sans hiérarchie. N'est ce pas républicain. Du moins à première vue.

2°) Structures techniques et logiques salafiste:

En ce 21è siècle, il me semble qu'un nouvel islam dans certaines régions du monde est en cours de gestation. Ce qui le caractérise ce sont:  

-la mondialisation médiatique qui en est la structure technique crée par les sociétes occidentales prise pour ennemies

-la démographie comme enjeu politique de majorité et donc de droit ou même de raison

-la forte propagande religieuse musulmane rivalisant d'ardeur avec le prosélytisme évangéliste sauveur du catholicisme moribond et pétrifié

-l'effet de brouillage des repères classique propres aux grandes civilisations et cultures et dont le capitalisme est, en partie, responsable.

Au regard du principe islamique du lien entre le sujet, le fidèle et l'Absolu, dépourvu d'intermédiaire interprétatif qui filtre et qui "trahit" peut être; au regard de la bataille théorique entre Bidda et puritanisme Sunnit, ce qui secoue l'islam en ce moment ressemble, à bien des égards à la période de la Réforme dans l'histoire du Christianisme. Dans la mesure où la verticalité est remplacée par l'autonomie individuelle et la responsabilité individuelle. La forme hiérarchique est attaquée dans le fait de procéder au retour à la pure Sunna de la période Mohamedienne. Et en dessous de cette remise en cause, s'exprime également un dénonciation de la collision, de la complicité entre l'islam des marabouts et cheikh et les élites gouvernantes formées à l'école occidentale, dans l'exercice du pouvoir sur les gens ordinaires.

Allons, montrons nous provocateurs: cette conception de l'islam sans instance interprétative, tendant au puritanisme anti Bidda, laminant les vieilles hiérarchies autour desquelles il s'est implanté en Afrique noire me semble républicain. Selon elle, les sujets sont tous égaux devant l'Absolu et donc la loi. Or, l'islam classique noire promeut les intermédiaires spirituels. Il  a certainement une part de républicanisme si, comme Pierre Legendre, on songe à la communauté de matrice entre forme Etat et monothéisme. Mais ces aspect républicain, au cours du temps, s'est fané, s'est dilué dans le nouveau républicanisme sécularisé ou laïc.

La question qui se pose est la suivante: à l'intérieur de l'islam en général, une telle capacité de mise en crise du modèle classique s'appuie sur un archaïsme Sunnit. Alors comment s'opère la combinaison entre archaïsme et nouvelles lignes de fuite modernisatrices?

Cela se passe suivant un modèle schizophrénique et paradoxal:

1) on rejette les représentations et ou les médias qui reflètent ce qu'ils font, eux les salafistes;

2) Ils forcent au retour des pratiques strcitement mohamediennes datant du 7è siècle en procédant à un déni d'historicité des formes civilationnelles et culturelles;

3) cet archaïsme se heurte pourtant à un autre archaïsme, celui des hiérarchies aristocratiques. Mais là,  l'enjeu c'est de voir à quelle fin les deux archaïsmes se battent ils? C'est surement à des fins politique, c'est à dire qui va avoir le pouvoir les gens, y compris ordinaires?

4) Pendant longtemps l'islam des Tarika s'est distingué par son alliance avec les establishments gouvernementaux, si bien qu'en dépit de l'archaïsme qui semble le caractérise, le salafisme des jeunes notamment  ceux qui n'ont rien à perdre, parce que pour eux, quelque chose de nouveau se passe, qui est de l'ordre d'une possibilité d'acquérir de la valeur, de la considération, de l'héroïsme et donc du désir d'existence, fait recette, dans les centres urbains africains notamment au Nigeria.  

Ce que je veux dire par là, c'est que les jeunes militants souvent élites de Boko Haram, en s'attaquant aux Cheikh et aux guides des tarika, veulent, par le coté républicain de l'islam et par l'horizontalité qu'implique la suppression de l'instance interprétative, affronter les hiérarchies islamo aristocratiques du Nord Nigeria en s'appuyant justement sur ce qui leur est commun eux tous.

Ceci pour se valoriser, pour conquérir une identité rivale de celle qui accompagner l'implantation de l'islam des Tarika. Et sous cette bataille gronde un fort désir d'égalité, une remise en cause des réseaux maraboutico politiques qui ont fait du Nigeria un Etat longtemps autocratique avec une telle violence du pouvoir public sur les gens ordinaires.

C'est là où réside le sens politique de l'obscurantisme salafistes nigérian, par exemple. De même, le terme haussa Boko Haram signifie en français l'éducation occidentale et un péché, étonne les observateurs qui y trouvent une contradiction, puisqu'en même temps les élites de ce groupe salafiste utilisent les moyens tirés de la modernité occidentale pour se battre, faire triompher leur cause.

Seulement, une autre interprétation est possible, à savoir qu'en fait, c'est au modèle de gouvernance de collaboration entre les leaders traditionnels et modernes, à la corruption et au verrouillage du jeu politique au Nord du Nigeria entre les familles aristocratiques et les élites formées à l'occidentale, que s'attaque ce terme. Lequel en vérité est une sorte de mot d'ordre dans l'inauguration d'une insurrection politico-religieuse.

En doublant l'attaque contre cet islam des leaders traditionnel et religieux au Nigeria d'une attaque contre les symboles de l'Etat, il semble qu'il s'agit là d'un acte politique visant à renverser le système parfois "incestueux" par lequel le pouvoir se reproduit et se transmis, surtout dans son coté financier et de prestige. En tentant de faire la cartographie des élites gouvernantes nigérianes, on se rend vite compte que les enfants de gouverneurs, de sénateurs, des Cheikh et sultans, des hommes d'affaires nouent des alliances patrimoniales qui consolident ainsi leur main mise sur les ressources pétrolières du Nigéria.

Les gens des clans dirigeants se marient entre eux, se transmettent les ressources symboliques et matérielles. En disant que l'éducation occidentale est un péché, Boko Haram s'attaque à l'élite gouvernante responsables à ses yeux de la pauvreté, du manque d'éthique et de morale dans la bonne gouvernance des ressources.

C ) Le saccage des mausolées des Saints de Tombouctou et la question de la représentation dans le monothéisme islamique: les monothéistes ont peur de l'image


 1°) La destrcution des mausolées est l'expression matérielle du Nouvel Islam que le Salafisme veut propager en Afrique noire:

En détruisant les mausolées, la communauté internationale s'est sentie affectée, indignée, au nom de la sauvegarde de la mémoire des peuples et de leurs cultures dont les traces doivent être conservées. Autrement dit, ce sont les tenants de l'islam dit modéré, des figures, des saints, des Cheickh et Imams de l'islam des Tarika et particulièrement Tidiane ou Kadria, ce qui revient au même, qui s'est vu déshonoré, humilié, consterné par la furie destructrice des salafistes. Dans leurs manières de s'acharner à ces représentations matérielles on perçoit aisément le désir de destruction de l'image.

En place s'encre le nouvel ordre symbolique, dépersonnalisé, égalitariste et nostalgique de l'âge d'or de l'Islam arabique. Une nostalgie qui cache mal, le désir de dominer le monde, de le reconquérir. Cette réalité doit amener les élites africaines et occidentales à cesser de se montrer naïves et à poser la vraie problématique des batailles ou des micro batailles entres les monothéismes abrahamiques.

Deux questions méritent d'être posées: qu'est ce que les salafistes mettent à la place des symboles détruits? Pourquoi une telle aversion du salafisme à l'image, à la reproduction matérielle d'une figure, à la monumentalisation de nos traces de vies?

En se référant au verset Koul Houwallahou Ahad Allahou Samad, Lamyalid Walam Yulad Wa lam Yakun Lahu kufuwan Ahad, sur l'unicité et l'inimitabilité de Dieu, l'aversion face à l'imagerie, à la représentation se comprend. Elle est du reste plus forte chez le monothéisme juif et islamique que chez le monothéisme chrétien, où le corps a une place de choix dans la trinité. Dans son versant romain le monothéisme catholique a cohabité, y compris dans la représentation du corps, avec le paganisme gréco-romain.

A travers l'aversion vis à vis de l'image, c'est vis à vis de l'art que les monothéistes perçoivent une rivalité. Car dans l'art, il y a quelque chose de spirituel et de divin, quelque chose de l'ordre de l'illimité imaginaire, du délire créatif et subversif. L'unicité divine, la destruction du paganisme et de l'idolâtrie dans le monde grec et arabique ne sont pas des actes nouveaux. Tel était né l'islam et le christianisme, le judaïsme père du monothéisme. Tel le retour au Sunnisme des salafistes balaie paradoxalement ceux qui s'étaient battu pour la propagation de l'islam dans la zone qu'il veulent occuper aujourd'hui, au nom de la Charia.

L'unicité divine, la destruction du paganisme et de ce que les monothéismes traitent d'idolâtrie animiste, montre que le nouveau Dieu Abrahamique est immatériel, métaphysique, pur, transcendant, non représentable, et nul ne doit s'en réclamer à titre personnel, nul ne doit s'en approprier individuellement, surtout pour exercer le pouvoir sur les autres.

Il y a quelque chose de terrifiant dans l'image, dans la représentation des êtres, parce que la dérive vers la déification, la limite entre vénération et déification étant mince, il faut éloigner tout risque d'associationnisme. Et sur le plan politique, je pense qu'il existe dans cette idée certes dangereuse la source d'un pouvoir impersonnel, d'une possibilité d'égalité pure, d'un ordre démocratique qui n'a pour seul repère et autorité la loi, seulement la loi. Etant entendu que la loi ici, c'est Dieu avec la conception qu'on en fait.

Que le prophète n'eut pas de photo, ni  d'image le représentant, que sa représentation y compris caricaturale relève de cette peur de l'associationnisme et de la démultiplication ontologique pouvant troubler les hommes.Telle est la logique théologique de ces destructeurs des sources de mémoires, des symboles de civilisation et de culture.

Les saints vénérés appartiennent à la mémoire de l'islam dans le Sahel, mais aussi à une aristocratie socio économique, une combinaison entre rites dits païens et Islam. D'où la folie de la pureté. Fort de la théorie en vogue dans la galaxie salafiste du Nigéria par exemple," Izalatoul Bidda Wa Ikamatoul Sunna" ( suppression du Bidda, c'est à dire des ajouts, dont l'instance interprétative et la promotion de la Sunna des origines, la sunna an historique), , dans ces actes de saccage des mausolées, les salafistes créent une blessure, une sorte de mnémotechnique, pour parler comme Nietzsche, contre  l'imaginaire des gens dans les architectures représentationnelles.

Cela est certes violent et aberrant, car les traces et les repères nous marquent et donc doivent être préservés, mais les salafistes imaginent ainsi à leur façon, suivant leur lecture du Coran, l'émergence en Afrique de l'Ouest d'un nouvel islam archéo moderne.

Pourtant, force est de remarquer que cet Islam est attractif, en raison du fait que les gens ordinaires et pauvres voient leur statut social défendu ou réhabilité ou valorisé à travers un islam de l'héroïsme jihadiste, un Islam qui prône l'égalité, la fin des aristocraties soufi, des saints vénérés et dont la structure dynastique de leur famille se perpétue. Là réside peut être le ferment de la révolution interne à l'islam noir ou sahélien.

 

Résumé: ceci est  une première partie de l'article que le cyber institut produit autour du salafisme en gestation dans le Sahel noir. Face au Salafisme mondialisé, l'Occident, dans sa tactique de faire la guerre chez l'ennemi, dans son accompagnement des printemps arabes, a contribué non seulement à la métastase du salafisme alqaediste, mais aussi à la dérive du salafisme magréhbin vers le Sahel Sud Est.

Le texte pose le débat du déchirement islamique entre salafistes et d'autres courants de l'islam classique des Tarika, c'est à dire des courants. La logique théologique des salafistes et le ton provocateur visant à dénicher le sens que produit ce salafisme obscure et violent, structure notre réflexion. Ce site se veut libre et en faisant bouger les lignes de la pensée, il aspire à pousser la réflexion jusqu'à certaines limites. Celle de l'impensé, du politiquement correct, de a naïveté intellectuelle,  et de la doxa dominante etc.

La suite suivra et portera sur les connexions salafistes en Afrique noire, ainsi que les dernières évolutions sur le terrain de l'escalade entre armée malienne désormais soutenue dans les airs par la France et la Cdeao et la coalition salafiste. Suivre les nouvelles tendances, les nouvelles dynamique de gestation de ce que nous appelons nouvel Islam noir.

  Dr. Ahmed Diémé directeur du Cyber Institut et du Bureau de Consulting  SASCOM (Sahel Stratégie Communication)

                                                                                        2013-01-11 Bonn, Allemagne