Projet  de livre sur: médias occidentaux et conflit en Afrique

 

 

 

Regard médiatique occidental sur la vie politique et conflictuelle africaine : essai critique de la communication et de l'information

 

 

Titre: médias occidentaux et conflits africains: l'information et la communication en question

 

                                               Sommaire du livre

Introduction générale:                                                                                                   2

 

Bref aperçu historique et politique des conflits faisant objet de médiatisation:      6

 

Cadre théorique et critique des modèles en sciences de l'information et de la communication:                                                                                                              10

 

De quelques expériences historiques et  des médias en Afrique:                               13

 

Exposé critique de quelques modèles de communication:                                          23

 

Corpus audiovisuel et la critique de l'information et de la communication:           27

 

Corpus radiophonique et la critique de l'information et de la communication:       52

 

Francophonie – RFI et Nation-monde:                                                                         62

 

Enjeux symboliques et idéologiques de l'acte d'informer:                                          66

 

Informer et communiquer en question ou mythe de l'objectivité:                             77

 

Le factuel et la construction du réel politique et social: alternatives subversives et transgressives:                                                                                                                79

 

Informer comme mot d'ordre et communiquer comme recherche du consensus démocratique: l'alternative pragma linguistique:                                                      92

 

Conclusion générale :                                                                                                   103

 

Bibliographie:                                                                                                                109

 

 

 

 

                                             Introduction Générale:

 

 

 

On dit souvent que, parmi les pouvoirs qui régissent le fonctionnement et la vie des sociétés, il y aurait le quatrième, à savoir les médias. Ces derniers répondent souvent et malicieusement qu'il n'en n'est rien, car leur vocation est d'informer, mais pas d'exercer  quel que pouvoir que ce soit.

 

Ce qui les intéresse, serait de rendre compte des faits, en les commentant et à l'intention du public- citoyen, aujourd'hui de plus en plus à l'attention du public-client[1]. Selon le schéma démocratique de représentation, ils ont pour mission de fournir au citoyen les outils d'appréciation et de décision.

 

D'après le schéma non démocratique, ils sont la caisse de résonance du pouvoir, de la Nation, de l'Etat, par rapport à d'autres Nations. Comme l'ordre politique marqué par le despotisme, les médias y sont à l'ordre de ce monde de la monovocité. Et pour le capitalisme, les médias sont des éléments produisant ce Guy Débord appelle la spectacularité[2] de la marchandise, du rapport socio politique.

 

Ils disent également qu'ils ne sont là que pour le factuel, au nom des principes déontologiques, appelant à ne pas prendre parti. Le souci de vérité est derrière l'objectivité proclamée. C'est le vrai empirique. Cependant il faut soumettre le fait à l' « interprétance » ou l'interprétation. C'est le commentaire qui constitue la fonction discursive pour assurer l'interprétation des faits.

 

En outre, le fait devient objet de sélection et d'agencement. Cette opération de sélection, d'agencement, de construction du réel constituent les procédés par lesquels s'élabore le récit médiatique ou journalistique.

Le passage du factuel pur, de la réalité, à l'information consistant à le diffuser, est un moment où se passent beaucoup de choses, comme la volonté de vérité[3]. Il s'agit de la volonté de vérité qui prend une part considérable dans les rapports de forces sociopolitiques entre les peuples, entre  les hommes, etc.

 

Les médias oublient également qu'ils constituent une centralité technique et surtout structurelle, suivant le schéma de communication sur lequel nous reviendrons au cours de cet essai. Il consiste en ceci E (émetteur) – M (médium ou canal) – R (récepteur). En soi, cette propriété implique qu'ils soient, en dépit de leur refus, une forme de pouvoir et surtout une force de construction des récits. Mais il représente un pouvoir-carrefour. L'enjeu politico culturel dans toutes la société et de tout temps, c'est quel est le récit qui fonde la vie du groupe, quel est le récit qui est doté de vérité, quel est le récit qui oriente et permet de contrôler la société. Pourquoi parler devient de plus en plus une affaire de concurrence et de compétition dans le monde. C'est, entre autres, parce que le langage est le premier lieu du politique[4] et du contrôle.

 

C'est dans ces optiques qu'on peut inscrire le regard médiatique de l'Occident sur les conflits africains. Il s'agit des médias de masse qui ont une vocation internationale et mondiale. Les conflits africains se passent dans un coin du monde, loin des radios et télévisions internationales dont il est question dans ce travail: RFI, France 24, des chaines publiques française, etc.

 

Pourtant, les radios par la métaphore de Mac Lu’an[5] prétendent saisir, s'approprier le factuel conflictuel pour s'y prononcer. Bien qu'ils appellent cela informer, ils s'y prononcent d'abord. Mais pourquoi? En fait, c'est pour y glisser la voix d'une nation, en l'occurrence la voix de la France; c'est aussi pour livrer le combat des discours et des interprétations du monde.

 

L'objet de cet ouvrage est de montrer les non-dits de ces pratiques médiatiques sous l'angle de l'information relative aux conflits sévissant en Afrique, dans quelques cas. Il consiste également à dévoiler dans l'acte de communiquer et d'informer, d'autres actes.

 

Ainsi, nous les inscrirons dans le sillage des rapports politiques et des questions géostratégiques. Car les conflits ne sont pas seulement intéressants à connaitre du point de vue sécuritaire, mais ils sont intéressants à savoir du point de vue des calculs stratégiques. Ils sont intéressants à connaitre également pour l'influence culturelle, nécessaire dans la construction ou la consolidation des réseaux d'alliance entre les parties du monde.

 

Je voudrais, dans cet ouvrage, montrer comment informer et communiquer ont fondamentalement un sens de transmission de mots d'ordre. Ce faisant, nous prétendons questionner la pratique médiatique, les techniques de construction du réel, les principes, comme l'objectivité journalistique, l'apport de l'information dans la démocratisation des sociétés.

Ainsi, nous souhaiterions montrer comment le phénomène de propagande longtemps considéré comme l'apanage des systèmes politiques despotiques et tyranniques est au cœur de la pratique médiatique démocratique et contemporaine.

 

Le corpus à partir duquel nous engageons cette réflexion est constitué de faits informationnels et communicationnels produits par les chaines et radios internationales que je viens d'évoquer. En d'autres termes, ce sont les journaux parlés et télévisés, les reportages. Peu importe les dates de ces faits. Nous découperons à l'intérieur de ce format, de journaux et de reportage des unités de discours ou d'énonciations.

 

Nous les classerons en fonction des thèmes, comme le conflit, les crises politiques, les catastrophes humanitaires nées des conflits, l'ingérence des forces étrangères dans les conflits, etc. Tels sont les critères de choix de notre matière à examiner.

La technique que nous entendons mettre en œuvre est conçue par nous. Nous la concevons en  nous inspirant de la théorie de la signifiance du philosophe français du nom de Gilles Deleuze. La théorie de la signifiance[6] est une conception du régime de signe, ou de la sémiotique contemporaine, à savoir le régime signifiant. Selon ce philosophe, le signifiant, c'est à dire l'unité  linguistique ou extra linguistique qui fait sens, s'inscrit dans une chaine de signifiance et retrouve son signifié dans la « visagéité »[7] ou dans cet ensemble amorphe de « signifiance illimitée ».

 

Notre technique consistera donc à appliquer à notre corpus cette conception sémiologique. Nous en faisons une technique sans que l'auteur l'eût définie comme telle. Cette technique peut être appelée technique d'analyse du discours ou encore dévoilement des implicites médiatiques. Nous faisons éclater les unités de faits journalistique en vue de faire surgir les implicites.

 

Ce qui explique le choix de cette théorie deleuzienne réside dans le fait qu'elle est pragmalinguistique. En plus, elle complexifie le monde des signes. À partir d'une telle complexification, il est facile de s'affranchir de la conception naïve de la fonction des médias dans les relations internationales ou dans le contrôle du monde par les puissances militaro-industrielles. C'est donc d'abord et essentiellement à un niveau micro que l'étude s'amorcera. Le niveau micro, c'est le niveau des unités de récits journalistiques.

 

Ce texte s'articule autour de quelques parties: d'abord nous essayons de faire un historique des médias dans leurs fonctions, en les rattachant à des événements historiques qui ont marqué l'Afrique. Cet historique ne se veut pas évolutionniste. Elle vise plus à dégager les thèmes politiques et la variation des fonctions des médias, ainsi que les éléments permanents qui traversent toute une histoire de durée relativement longue. Nous les prenons sur plus de cinquante ans.

 

Nous ne concevons pas l'histoire comme un mouvement linéaire, lisse, mais une trame avec des retours, des répétitions, des paradoxes, des réalités hybrides. Ainsi, autant il y avait la propagande nazie ou colonialiste, autant elle existe encore, sous une forme différente, dans le contexte démocratique et de liberté.

 

Nous procédons aussi à l'exposé des modèles théoriques de communication en Occident. L'exposé de ces modèles théoriques vise à chercher des outils théoriques pour ce travail de réflexion. Mais aussi, il permet de voir à quel point, déjà dans la matrice idéologique, la communication ou l'information garde depuis belle lurette une structure quasi figée. Il s'agit de la structure de l' E – M – R.[8] Bien qu'il y ait le feed back dans la conception de la communication pour qu'on songe à la communication comme partage, cette structure reste valable. En fait, le feed-back ressemble plus à un déplacement de l'E. qu'à une symétrie dans l'acte de communiquer. La symétrie dans l'acte de communiquer ressemble de plus en plus à une chimère, étant donné que parler, c'est être dans une position sociale, parler manifeste cette position.

 

Ceci permet de voir dans la communication non pas ce dont rêve tant Jürgen Habermas[9], à savoir la réalisation du consensus socio-politique argumenté, en vue de fonder en raison critique, la volonté générale, au sein de la société démocratique, mais des opérations d'exercice des rapports de forces, de prise de parole conditionnée e déterminée par des facteurs extralinguistiques.

 

Communiquer, c'est par excellence, exercer un certain pouvoir. Ainsi, nous revenons à notre prudence du début de cette introduction au sujet de ce qu'est la communication journalistique.

 

Les médias constituent bel et bien un pouvoir, mais pas le quatrième ou autre rang. C'est un pouvoir en connexion avec les autres. En le disant, nous ne faisons pas forcément allusion à la conception macro du pouvoir consistant en des institutions, mais déjà à la conception micro du pouvoir[10] telle que défini par Michel Foucault dans son concept microphysique du pouvoir.

 

Le premier nid de tout pouvoir, c'est le Verbe, le langage, le récit, et l'écriture.

Puis, nous entrerons dans le vif du sujet, à savoir l'analyse proprement dite des échantillons de faits informationnels choisis selon les critères d'importance, d'intérêts médiatiques, etc. Nous mettrons concrètement en œuvre la technique conçue en nous inspirant de la théorie deleuzienne de la signifiance[11]. Il se peut que cette partie nous réserve des surprises en termes de confirmation ou d'information de nos hypothèses ou encore en termes d'ouverture de nouvelles pistes de réflexion.

 

Comme nous nous intéressons aux médias des puissances fortement présentes dans les régions en conflit que sont l'Afrique centrale, le Soudan le Darfour, nous allons consacrer un chapitre sur les enjeux géostratégiques qui entrent en écho avec la pratique médiatique. Comment les médias accompagnent-ils la défense des intérêts stratégiques de ces puissances?

A la suite de la deuxième partie, c'est à dire de l'analyse du corpus, nous mettrons en débat l'objectivité dans l'acte d'informer, de construire l'information et de l'agencer à l'attention du public. À travers ce débat nous nous attarderons sur l'opération de court-circuit de la trame des événements par les médias.

 

J'entends par opération de court-circuit[12], le fait de changer le sens ou encore la portée ou même l'itinéraire et le sens d'un événement qui fait l'objet d'information et de commentaire. Par l'acte de commenter un fait, une intention de changer le sens, ou de donner de l'épaisseur au sens, peut être perceptible.

 

Enfin, nous allons terminer cette étude par  le questionnement théorique des notions de communication et d'information. L'enjeu étant de montrer, au regard des analyses qui précéderont, et au regard des options théoriques qui sont les nôtres dans ce texte, de quelle façon ce qu'on présente comme un moyen de créer du lien social, de partager des choses au sein de la société, se définit sinon en priorité, du moins fondamentalement, comme la transmission de mots d'ordre.

Progressivement au fur et à mesure de notre réflexion, nous nous contenterons de la définition classique de la communication et de l'information comme deux notions indissociables.

 

Et puis nous montrerons comment la notion de communication a absorbé celle d'information, si bien que communiquer, c'est devenu à la fois le fait d'émettre un message, notamment dans l'appropriation commerçante et politique de la notion, et le fait d'échanger.

Néanmoins, le contenu de ces actes reste toujours l'information. Seulement, ce que je veux dire, c'est que la quasi idéologie de la communication, semble englober l'information, au vu notamment du cadre technologique dans lequel elle est prise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bref aperçu historique et politique des conflits faisant l'objet de regards médiatiques

 

Le conflit au Darfour a commencé en 2003, lorsque les populations civiles four réclamaient leurs terres auprès des autres communautés, notamment arabes nomades, ainsi qu'une juste considération socioéconomique. Les terres voulaient dire les puits, les zones cultivables, les points d'eau dans une zone désertique ou semi désertique de ce vaste territoire du Soudan.

La région du Darfour est un Etat parmi d'autres de la fédération du Soudan. Elles se caractérisent par un manque criard d'infrastructures en matière d'activité économique, de circulation, de santé, d'éducation et de production industrielle ou agricole. Les autochtones sont souvent marginalisés dans la distribution des richesses de l'ensemble du Soudan. Cette marginalisation a aussi un aspect politique et culturel.

 

Dans la fédération soudanaise, le modèle dominant est arabo musulman et sert de base et de socle de l’Etat Nation soudanais. Du coup ceux qui ne répondent pas à ce paradigme comme les sud soudanais par exemple et les populations fours et zagawa ou encore massalit, bien que majoritairement musulmanes, sont de fait exclues du système de contrôle et de distributions des biens communs.

 

 Face à la révolte des autochtones darfouris, il y a quelques années, la communauté arabe, soutenue par le gouvernement central, a constitué une milice puissante et violente qu'on appelle les Djandjawids. Cette milice devait, de concert avec les autorités locales représentant Khartoum, s'opposer aux revendications terriennes et socioéconomiques des Four et des autres communautés comme les Massalit et les Zagawa. Le Darfour est habité plus d'une dizaine d'ethnies.

 

Sous les exactions des milices arabes et des forces gouvernementales, les populations autochtones majoritaires de l'Etat du Darfour ont mis sur pied des mouvements de lutte contre les arabes et contre le gouvernement central. Plusieurs figures de la lutte politique des darfouris avaient lancé cette lutte contre les milices et le gouvernement de Khartoum, à savoir Abdel Wahid Nour et le Dr. Kalil Ibrahim et Minna Minawi ainsi que Hassan Jamous, et d'autres. Au bout que quelques années, ce mouvement général s'est scindé en plusieurs factions. Des factions qui correspondent plus ou moins à la configuration ethnique de ce territoire.

 

Et cette phase a coïncide avec les cycles de violences, des razzias, de massacres, des spoliations, de déplacements de personnes, des viols, notamment les fours et autres autochtones. Il faut préciser que les leaders qui dirigent les factions appartenaient à des partis actifs à Khartoum, mais de plus en plus la situation difficiles de darfouris les amener à « autochtoniser » leur engagement politique. Ce qui les amena à élaborer des bases de lutte sur le territoire du Darfour.

 

Certains d'entre eux avaient même occupé des postes de responsabilité au sein du régime islamiste, comme Kalil Ibrahim ancien membre du parti d’Hassan Al Tourabi, l'éminence grise des islamistes soudanais. Vu les injustices qui existaient dans leur Etat d'origine, ils ont décidé de mener la bataille contre le gouvernement central, à partir de leur « patrie ».

 

La bataille est celle de plus de droits, de plus d'intégration, de plus de république et de laïcité, de plus partage des richesses du pays, etc. Vu l'immensité du Soudan, son alliance avec la Chine, les richesses que recèlent le pays, les puissances occidentales et celles montantes comme la Chine ont une présence, sous la bannière de la coopération ou de l'humanitaire ou encore de l'exploitation des ressources: les USA, la Chine, le Canada, l'Angleterre, la France, l'Allemagne, etc.

 

Ce conflit a fait plusieurs milliers de morts. Des morts qui seraient qui sont pour a plupart dues à des actes génocidaires commis par les milices arabes et le gouvernement de Khartoum. Mais sur le génocide la collaboration n'est pas évidente, mais reste ambiguës du fait même de la nature de la répression et de la confusion entre milices et soldats réguliers. Cette confusion est faite à dessein.

 

Ces morts offrent un spectacle macabre, mais rentables pour les médias obéissant à la logique de l'audimat. Ils offrent également les raisons éthiques d'intervention humanitaire. C'est aussi l'occasion pour l'Occident et ses médias de jeter un regard sur la situation de détresse et de conflit qui sévit dans l'Etat du Darfour.

 

Il y a aussi des alliances qui commencent à se nouer entre les mouvements et certaines puissances. Les pays voisins, comme le Tchad, sont impliqués dans le conflit par solidarité ethnique entre Kagawa des deux territoires, étant entendu que le président tchadien est originaire de cette communauté. Mais aussi par représailles, puisque la rébellion tchadienne a ses bases arrière au Soudan.

 

Quasiment, au même moment, la rébellion actuelle du Tchad commençait à agir contre le gouvernement central. C'est en 2005 que les actions de cette nouvelle rébellion soutenue par Khartoum ont commencé à déstabiliser le régime de Ndjamena. Les médias qui ont pris d'assaut le fait conflictuel darfouri sont nombreux. Signalons que le Tchad a connu depuis plusieurs décennies des rébellions cycliques, mais nous n'allons pas remonter plus loin dans l'aperçu historique.

 

C'est le besoin d'informer les opinions mondiales et nationales qu'ils ont couvert pendant plusieurs années les atrocités contre les darfouris. C'est cette couverture de ce conflit, uniquement sous l'angle journalistique, qui constitue la donnée  générale de notre critique.

Comme par contamination ou par effet simultané, la rébellion tchadienne a repris  elle aussi. Je parle de reprise, parce que ce pays a connu depuis son indépendance, plusieurs cycles de rébellions. Le régime de Déby est né d'une rébellion et des années 90 jusqu'aux années 2004, des dissensions sont nées au sein du régime qui venait de renverser Hussein Habré. Elles prennent sources du fait que le président Déby avait modifié la constitution en vue de  pouvoir légalement se présenter aux élections, ad vitam aeternam, modifiant ainsi la constitution qui empêchait cette intention devenue concrète, pourtant.

 

Donc, la disposition limitant les mandats était remise en cause dans une réforme constitutionnelle. Les pratiques institutionnelles étaient caractérisées aussi par une ethnicisation et une colonisation du régime et de l'Etat. Les ressources pétrolières faisaient l'objet d'une gestion pour le moins opaque et patrimoniale. Le régime estime que ce sont les chefs rebelles actuels qui fomentaient des coups d'état contre le chef de l'Etat. D'où le divorce entre lui et ses anciens alliés rebelles qui ont renversé Habré.

Certes les chefs comme Timan Erdimi et Mahamat Nouri étaient membres du régime et furent complices des exactions et malversations du régime à ses débuts.

 

Selon un accord secret ou tacite qui aurait été conclu dans le maquis, il était convenu que Deby laisse plus tard sa place à un de ses amis alliés qui ont renversé Habré. Cet accord ne serait pas respecté et l'acte de modification de la constitution dans le sens de se représenter  éternellement aux élections, ont entrainé une scission et une cassure politique entre les anciens alliés. Sous le risque de se faire arrêter ou de risquer la mort, les chefs rebelles ont décidé de prendre la voie du maquis de l'Est.  Telle est l'origine de l'actuelle rébellion au Tchad.

D'autres explications existent toutefois, et consistent à indiquer que la rébellion est le résultat d'une certaine jalousie politique. Les anciens alliés, dont des proches de Deby comme Timan, nourrissaient des ambitions politiques d'être à la tête du pays. Des ambitions qui sont strictement personnels et pouvoiriste, qui n'auraient rien à voir avec les questions de constitutions et d'institutions dévoyées.

 

On voit surgir dans les explication une habitude, à savoir que les pouvoir remis en cause ont tendance à dépolitiser les posture d'opposants notamment armés, en vue de donner une image de simples avides d'argent et de pouvoir socioéconomiques. La tactique de dépolitisation permet ainsi au régime contesté de s'abriter derrière des considérations matérielles pour disqualifier les revendications hautement politiques des opposants. Cette posture des régimes est encouragée par les paradigmes néo marxiste répandu dans les élites intellectuelles et politiques occidentales qui avancent l'équation guerre et conflit= sous-développement, vice versa.

 

Il existe une dernière explication tenant à la difficulté qu'ont les africains indépendants dans les années 60 de construire des Nations respectueuses de toutes les composantes ethniques et identitaires des nouvelles Nations. Les formes de l'Etat et de la Nation apparaissent jusqu'à nos jours comme des placages des modèles politiques et étatiques occidentaux. Il me semble que le conflit au Tchad, comme dans bien des pays africains est la traduction d'une histoire certes douloureuse, mais qui n'est rien d'autres que le passage historique « obligé » pour une meilleure construction des Nations, issues de l'ordre colonial.

 

À l'intérieur des mouvements rebelles qui ont toujours tenté de renverser les régimes de Ndjamena, il y a une dimension ethnique non négligeable, qui vient confirmer l'idée selon laquelle la tache politique et historiques des africains, c'est de prendre en compte, de reconnaître que leurs institutions furent des placages et qu'il importe de réinventer constamment les rapports politiques entre les composantes des nations en conflit.

 

C'est une tradition politique au Tchad que les collines du Darfour servent de replis à tous les mouvements de rébellion contre les gouvernements que le pays a connus. Si bien qu'on dit que c'est le Soudan qui fabrique les rébellions tchadiennes. Y compris Idriss Deby.

Par deux reprises, les rebelles ont fait incursion jusque dans la capitale: en 2006 avec le FUC de Mahamat Nour, en 2008 avec l'AN de Timan et de Mahamat Nouri, et avec l'UFR en 2009 notamment à Am Dam; toujours avec une alliance renouvelée mais moins forte, l'UFR.

 

L'objectif politique de cette alliance reste la réforme institutionnelle, la bonne gouvernance notamment au sujet des ressources pétrolières, la mise en place d'une nouvelle constitution permettant une démocratie de séparation des pouvoirs, de limitation des mandats, etc.

Pour cela les rebelles prévoient un gouvernement de transition qui serait décidé par un forum national sur quel régime donner au Tchad. Ce qui est particulier au Tchad, c'est la vieille et massive présence de l'armée française dans le pays. Cette présence à toujours en filigrane de toutes les crises politiques que le pays a connues. Pendant longtemps aussi, ce pays a servi de fournir des forces en vue des guerres par procuration de la France dans la sous-région. Le Tchad est un bon ami de la France!

 

Des bases, au nombre de trois, de cette armée, existent dans ce pays. La France a souvent était aussi au cœur des nombreux cycles de rébellions qu'a connus le Tchad. C'est donc logique que ses médias fassent de ce conflit une préoccupation médiatique. Nous verrons comment la France et ses médias gèrent, donnent-ils à voir ce conflit au monde. Nous aborderons sur ce cas de conflit la question de lé géostratégie en articulation avec les médias français. Ici nous intéressent RFI, France 24, les chaines publiques françaises.

Les conflits en RDC sont les plus meurtriers du continent africain, dans sa récente histoire. Ils ont  fait des centaines de milliers de morts en quelques années. Ils sont de différentes natures; territoriale, inter-ethnique, politique, économique, etc.

 

Nous n'allons pas revenir ici en détails sur les raisons et les effets de ces conflits en RDC, mais les situer dans le temps et donner ses grands traits. Tout est parti en effet de la chute de Mobutu. Une chute qui a ouvert la boite de pandore à tous les types de conflits que le pays a connus par la suite. Le nouveau régime de Kabila qui est arrivé au pouvoir grâce au soutien de ses voisins ougandais et rwandais et américain, a été combattu par des alliés internes et ces pays-ci, dont les satellites internes constituaient un danger pour la survie du régime. Après avoir renversé Mobutu, il fallait, sous la pression des nationaux autochtones remercier les alliés Tutsi et ougandais.

 

La cause de la discorde entre les alliés qui ont chassé Mobutu du pouvoir réside dans la gestion du pouvoir, dans les pratiques de népotisme qui commençaient à surgir au sein du nouveau régime. Kabila ne  voulait plus de ses alliés tutsi et ougandais, mais ces derniers refusaient, parce qu'ils revendiquaient au même titre que Kabila la nationalité et donc le droit de gérer le pouvoir. Ces alliés étaient en fait au service de Kigali qui voulait s'appuyer sur eux pour réduire la rébellion Hutu. On s'en est aperçu à postériori. Mais il y a une autre raison, c'est le fait que cette présence tutsi visait plus à combattre les rebelles Hutu qui étaient présents dans ce pays déjà du temps de Mobutu, au lendemain du génocide que le Rwanda a connu.

 

Et puis à l'intérieur du pays dans les régions de l'Equateur et dans le Kivu, une nouvelle rébellion dirigée par Jean Pierre Bemba vit le jour aussi, avec pour objectif la conquête du pouvoir central. Les combattants tutsis congolais rejetés par le pouvoir et les rebelles de Jean Pierre Bemba affrontent pendant plusieurs années le gouvernement central et ces affrontements ont fait plus des centaines de milliers de morts. Dans ces affrontements, le conflit prit souvent des allures ethniques.

 

Du coup, les civils sont exposés et chaque communauté s'aligne derrière un chef de guerre pour combattre la communauté ennemie. Ce conflit se fait sur fond d'accaparement des richesses minières, non seulement par les belligérants eux-mêmes, mais aussi par les mercenaires et autres entreprises mafieuses, des richesses minières du Congo. La plupart des médias occidentaux ont couvert ces conflits les plus meurtriers du monde contemporain. Nous allons là aussi nous contenter de quelques reportages et journaux concernant la RDC, de la part des médias  français et dans une moindre mesure belges, comme  Rfi, France 24, RTBF, etc.

Je rappelle que ce qui intéresse notre propos, ce ne sont pas les conflits proprement dits mais la manière dont certains médias occidentaux les présentent, les médiatisent.

 

1°) Historique des médias et des notions d'information et de communication -  exposé critique des modèles théoriques de communication.

 

Information et communication sont deux notions souvent utilisées et conçues comme allant  de pair. Il y a comme un lien de consubstantialité entre elles. L'information peut être considérée comme le contenu du procès de communication, c'est à dire le mouvement du signe allant de A à B avec un canal ou des canaux.

La communication, c'est la mise en commun, le processus de toutes sortes qui vise à partager ou faire croire ou influencer ou encore à construire le consensus politique. À la suite de Pierre Legendre, nous partons de l'étymologie du mot communication: sa racine latine montre que « communis » signifie avoir en commun, et « munia » signifie des dons.

Nous n'allons pas faire toute l'historique des deux notions, mais nous contenter du sens qu’elles ont aujourd'hui. Outre la définition que je viens d'énoncer, l'information désigne souvent de nos jours le fait de produire un article ou une émission ou une publicité, bref un message en vue de l'insérer dans un corps, dans une forme.

 

Le corps peut être le psychisme d'un individu, le système de code de signification ou encore un corps matériel, pas spirituel. Informer veut donc dire entrer dans un corps, introduire quelque chose dans une forme. La communication quant à elle veut dire mettre en place des procès d'échanges entre individu ou groupes ou entre média et public ou encore entre institutions socio-politiques. Si bien qu'on est souvent amené à confondre communication et information.

 

Cela est normal, du fait, entre autres, du lien consubstantiel entre les deux pratiques ou deux opérations. Autrement dit, l'information, c'est le contenu et la communication le contenant. Les deux notions sont si imbriquées qu'il est difficile, de nos jours, de concevoir l'une sans l'autre. Toutefois par définition, on peut concevoir l'information sans communication. Le fait d'introduire l'objet informationnel dans le procès communicationnel au niveau interpersonnel comme au niveau mass-médiatique ou encore à un autre niveau, est un acte de signifiance, un besoin de produire du sens, de donner des ordres, sous prétexte d'information.

 

Selon le philosophe Régis Debray, l'évolution des médias dans leur ordre successif est une série de couches médiasphériques[13].

Du télégraphe ou de l'icône ou encore de l'image dans les civilisations antiques à l'internet  en passant par la radio, la télévision, on a assisté à plus de perfectionnement de l'acte d'informer, de communiquer. Les enjeux de cette évolution sont d'ordre principalement militaire.

 

Car, on doit et peut  remarquer que les outils et technique de communication et d'information ont d'abord eu une utilité militaire et de renseignement avant de tomber dans le monde civil. Le fait de cette expérimentation militaire ne montre pas seulement un début hasardeux, mais le coté éminemment militaire et politique de transmettre des ordres. L'idée qui sous-tend l'aspect primitivement militaire, c'est le besoin de contrôle socio politique.

Il s'agissait et il s'agit toujours de détenir un moyen technique de transmission de l'information stratégique dans la guerre, mais aussi dans la mise en œuvre de l'ordre politique de l'Etat.

 

Certains pensent que cette évolution est un progrès, suivant leur schéma évolutionniste et que la succession des techniques de plus en plus perfectionnés traduisent un progrès de l'humanité. C'est la conception enchantée des techniques.

Cette conception a connu son apogée avec la théorie marxiste des techniques qu'il faut mettre au service de l'humanité, de la libération de l'homme de la domination. Le projet socialiste intégrait la technique dans les forces productives qui sont susceptibles de changer les rapports de domination. Marx plaçait en la science et la technique un espoir, un moyen de transformation socio politique, des rapports de domination et de production.

 

Suivant la succession des média sphères, force est de constater également que les médias constituent un enjeu d'exercice et de maintien du pouvoir. Durant les époques totalitaires de l'Occident et durant les indépendances en Afrique puis des partis uniques, les médias, notamment radiophoniques ont joué une fonction de propagande[14], comme le montre Tchakoutine dans son ouvrage « le viol des foule »[15].

 

Pour l'Afrique il s'était agi de mettre les média, moyens de propagande au service de la construction des nations nouvellement indépendantes, mais aussi du parti unique qui en était le talon d'Achille. On avait besoin du parti unique, dans des sociétés multi-ethniques, avec une république à la française, pour réaliser l'objectif de construction des nations en Afrique.

Pour qu’Hitler renforce son système totalitaire, il a fallu une machine de propagande dirigée par Goebbels. On ne peut pas dire cependant que ce soient les médias qui ont engendré le nazisme. Au contraire, selon Tchakoutine, lors de l'accession au pouvoir d’Hitler, les médias étaient entre les mains des adversaires politiques du Reich. Et pourtant, la force de propagande de Goebbels a emballé presque tout le monde.

 

Pendant les événements particuliers comme les guerres, les démocraties, les puissances qui furent colonialistes pratiquaient également la propagande politique et idéologique pour légitimer leur action de domination et  d'exploitation des peuples dominés dans le monde. Pendant la deuxième guerre mondiale, les médias, à la disposition des puissances, étaient destinés à soutenir symboliquement et par l'influence psychologique les stratégies impérialistes et militaires.

 

Aujourd'hui encore, dans les démocraties où la liberté d'expression est érigée en valeur cardinale, les médias jouent souvent un rôle d'information objective, mais au service d'une cause bien précise, mais souvent cachée: on est objectif dans l'acte d'informer, mais on est subjectif dans la propagande et le non-dit de cet acte.

 

Ainsi de la mobilisation de nombreux médias dans un pays démocratique comme les USA en vue de légitimer et de faire accepter l'option de la guerre en Irak en 2001, alors même qu'il n'existait aucun argument pouvant justifier l'usage de la force pour déloger  Saddam Hussein. La fonction actuelle des médias de plusieurs pays consiste soit en la promotion de l'image de ce pays ou encore de sa langue, ou encore de ses vues sur les affaires du monde.

Pour les médias qui intéressent notre propos dans ce texte, à savoir RFI, les médias télévisuels et quelques journaux français comme Figaro ou le Monde, leur histoire est indissociable des grands événements qui ont marqué le monde, notamment la colonisation, les guerres, l'ère de la démocratie dans les années 90 pour bien des pays africains, les conflits postindépendance en Afrique.

 

Dans ces séquences historiques, force est de constater que le principe fondateur des opérations médiatiques est certes l'objectivité, mais à travers ces opérations, on peut percevoir d'autres règles qui président à la médiatisation des conflits africains. Tel est, je le rappelle, le sujet de ce texte.

 

Nous n'allons pas précéder à une monographie des faits médiatiques ou informationnels, comme corpus à partir duquel nous entreprenons ce travail de réflexion. Nous n'allons pas non plus décrire une histoire linéaire en vue de montrer quelque évolution que ce soit. Cela implique que la conception de l'histoire de ces médias se fera à l'aune des questions connexes à la colonisation et à la phase de la démocratie, avec comme arrière fond les enjeux géostratégiques des puissances qui abritent ces médias.

 

Nous allons décrire quelques événements et les articuler avec le comportement général des médias. Les phases que nous  ne concevons pas de façon évolutive, sont celle de l'histoire récente de l'Afrique, à savoir la phase de la démocratisation 90 et la phase de l'expérience démocratique, et enfin la phase post démocratisation, bien que celle-ci n'ait pas une telle pertinence, puisque la démocratie reste encore dans sa phase expérimentale pour bien des pays, si ce n'est le recul qu'on constate dans bien des pays comme le Sénégal. Certains nomment cela la désillusion démocratique.

Mais nous insisterons plus sur la phase des conflits de nature politique. Il y a un corpus de conflits de faits médiatiques que nous indiquerons plus loin.

 

Les critères de choix de ces faits sont: la gravité du conflit faisant l'objet d'intérêt médiatique, les enjeux géostratégiques que représentent certains théâtres de conflit, comme la RDC ou encore le Darfour ou même le Tchad, l'importance de la présence humanitaire.  L'humanitaire étant devenu un aspect important dans le jeu stratégique auquel se livrent les puissances occidentales. Il y a aussi le critère de la propagande démocratique. Nous organiserons notre corpus de sorte qu'on puisse dégager un certain nombre de résultats de recherche qui dévoilent les tactiques  de dissimulation des enjeux de l'information et de la communication.

 

Quelques expériences historiques et politique africaines francophones et médias occidentaux

 

 

Médias occidentaux et colonisation: au cours de cette phase de l'histoire des peuples africains en rapport avec les puissances impérialistes, les médias, notamment la radio et le télégraphe étaient des instruments de transmission et des outils de propagande politique entre les mains de l'administration coloniale. Le travail de ces industries culturelles consistait à dessiner une colonie heureuse, une colonie soumise à la métropole et enfin une colonie qui suit les valeurs et les schémas de la civilisation judéo-chrétienne et du modèle socioéconomique conçue dans la métropole.

Les expéditions militaires étaient décrites comme s'inscrivant dans le cadre de la civilisation et de la défense des intérêts de la France.

 

Nous le montrerons à travers le décryptage de certains documents radiophoniques et télévisuels et d'articles de journaux de l'époque. Ce travail consistera à prélever un échantillon suffisamment représentatif des opérations médiatiques de l'époque, puis de les soumettre à une grille d'analyse dont voici le schéma: saisir les signifiants, dégager leur signifié ou leur contenu qui n'est que l'autre signifiant auquel il renvoie dans le jeu de redondance, dégager la redondance dont parle Deleuze à propos du régime sémiotique signifiante[16].  C'est là que se trouve notre méthode d'analyse dans cet essai.

Une fois le réseau de signes établi, nous verront comment le réseau de signifiants construit un modèle socio politique et culturel, comment il entre dans les préoccupations idéologiques de la France ou des autres puissances. Pour les images, nous procéderons de façon différente, compte tenu du fait qu'elles ne sont pas dans le même type de régime de signe que les mots, les énoncés. Il faudra dégager la loi de réseau des médias, ainsi que leur spécificité signifiante. Il s'agira, dans le même sens, de faire en sorte que le signe iconique qu'est l'image soit mis dans un contexte d'analyse tel qu'il ressemble aussi à une parole, spécifique soit-elle.

 

Dans cette grille d'analyse, l'objectivité ne sera pas niée; nous montrerons en quoi les faits médiatiques sont-ils objectifs et puis à montrer, sur la base de l'analyse dont je viens de parler,  comment l'objectivité est une tactique intellectuelle pour mieux faire de l'agir communicationnel[17]. Nous entendons par agir, pas seulement au sens habermassien, mais au sens de faire croire, d'influencer.

 

Mais nous nous intéresserons à cette notion du philosophe.

D'ailleurs, on peut se demander si la question est de savoir si tel acte d'information est objectif ou pas? Il me semble que la question, c'est de savoir comment le journaliste et son médium construisent ils le réel, comment opèrent t-ils? Comment procèdent-ils à la sélection? Comment s'agencent  les informations et les événements, ainsi que les orientations idéologiques du médium?

 

Dans les médias qui feront l'objet d'étude, nous verrons comment l'acte d'informer signifie monopole de la parole, comment cet acte obéit à la toute puissante de ce que Baudrillard appelle du code de communication[18]. Il nous semble, dans la même interrogation que l'objectivité journalistique est un mythe. Nous éprouverons cette hypothèse au moyen de documents traduisant les faits informationnels et communicationnels.

 

Mais un mythe qui fonctionne bien, une sorte de subterfuge psycho sociologique au service du contrôle social. Pourquoi a-t-on besoin tous les jours de faire un journal parlé ou télévisé, selon le mode de communication unilatéral, d'émettre une voix sans réponse[19] pour reprendre une expression de Baudrillard? C'est certes pour donner une photographie réelle, objective du monde, mais c'est surtout pour orienter les esprits, pour dire non pas « ce qu'il faut penser, mais ce à quoi il faut penser ».

Encore une précaution de méthode; c'est de porter l'analyse et l'étude sur des documents archivés. La raison, c'est que les voix muettes comportent une telle richesse heuristique. Je me méfie des interviews et des conditions dans lesquelles elles sont souvent menées. Il y a, à mon avis plus d'épaisseur de l'objet dans les archives que dans les propos d'une interview, bien qu'ils soient frais.

 

Notre corpus sera constitué de faits informationnels produits sous le régime de signifiance linguistique ou non linguistique comme l'analyse des images. L'approche pragmalinguistique ou sémiologique consistera à établir un lien entre le langage utilisé et les facteurs extralinguistiques comme la politique, les enjeux idéologiques et symboliques.

 

Phase 1 la colonisation et les médias occidentaux: il s'agit ici des médias français et accessoirement anglais. La BBC, emblématique médium dans la lutte contre le nazisme et pour les démocraties de l'Ouest, a joué un rôle culturel de taille, consistant à communiquer des mots d'ordre pour la résistance en France, à se faire l'écho des états-majors qui étaient au front pendant les deux guerres mondiales.

L'Angleterre a vite compris l'utilité d'une chaine internationale qui soit la voix de cette puissance. Bien qu'elle repose sur le principe d'objectivité dans l'acte d'informer, de neutralité, les média changent souvent leur fonction, selon qu'ils baignent dans telle ou telle situation. Ils sont mis à contribution dans les grandes orientations stratégiques et politiques des puissances.

 

On pourrait dire que la BBC, de ce point de vue, fut le bras culturel d'une guerre menée contre à la fois le modèle politique et idéologique considérée comme totalitaire mais aussi pour la promotion de la vision libérale et démocratique d'une bonne partie du monde.

Comme à cette époque la France ne disposait pas d'une telle chaine, c'est la BBC qui lui a servi de caisse de résonance militaire et politique, en vue de la résistance au nazisme.

 

Progressivement le BBC a vu son rôle évoluer dans le sens d'accompagner les politiques coloniales de l'Angleterre en Afrique par exemple. D'abord en faisant la promotion de la langue, mais aussi en dessinant les schémas de pensée pour les élites africaines qui commençaient à remplacer progressivement les colonisateurs. Sur la promotion de la langue, je pense que c'est un enjeu: car à travers l'information, ce que visent les médias comme RFI et BBC, c'est que la langue française et anglaise soient parlées, soient écoutés, se propagent et soient le support du commerce mondial.

 

Ce sont là de puissants instruments de promotion et de développement des langues en question. Autrement dit, à côté de l'information, les médias font de la politique linguistique de façon vivante et concrète. Car, la vie d'une langue dépend du fait et de l'acte de la parler, de la rendre vivante et partagée. Ce partage ne se confine pas uniquement à la langue, mais aussi il déborde subrepticement vers un autre type de partage, celui des valeurs, des croyances politiques, des schémas de pensée de toutes sortes.

 

Les radios internationales avaient plus aisément un ancrage dans des sociétés africaines, où l'oral a un poids plus important que l'écrit. Et comme le dit si bien Mac Luhan, avec la haute définition qu'a la radio par opposition à la télévision par exemple, l'influence et l'impact de ce médium est considérable[20].

 

Ce qui domine dans les informations fournies par ces chaines, ce sont les faits d’actualité politique et culturelle. Ce choix, cette dominance, traduisent les enjeux en termes d'influence socio psychologique des radios sur les masses africaines.

En plus, pour la BBC, force est de constater son internationalisation consistant en l'usage des principales langues africaines, comme le swahili et le Haoussa, etc. Ces choix révèlent en outre le fait que cette chaine tienne à ce que les masses soient touchés par les plans ou encore agenda setting inavoués des médias.

 

De l'ORTF à Rfi dans les années de la colonisation, la France aussi s'inscrit dans le même sillage dans les années jusque dans les années 70. C'est d'abord la parole de la France.

Tel est le sens profond de cette chaine. Et puis, sur la base de ce principe culturel, la chaine se donne la mission d'informer. Comme la BBC, l'information est en fait un prétexte, du moins au travers d'elle, la France reprenait sa position de puissance culturelle après l'avoir un peu éprouvée pendant la deuxième guerre mondiale. RFI a encore de la peine à sortir de son centralisme linguistique, par rapport aux langues africaines, tandis que BBC a franchi le pas du respect des langues africaines.

 

Parler une langue, c'est d'une certaine façon avoir à son égard, un certain amour, un certain respect. La cible communicationnelle ou le récepteur des informations de RFI étaient en priorité les pays parlant français. Ainsi, la France poursuit son schéma colonial consistant à imposer aux autres sa langue, à gratifier les autres des bienfaits de ses valeurs et de son modèle universaliste qui s'expriment dans le Français.

 

Là aussi la France a mobilisé ses médias, pour accompagner le travail de colonisation. Ainsi de la visite ou de la tournée de De Gaulle dans ses colonies dans les années  50. Il suffit de soumettre les documents radiophoniques ou télévisuels de l'époque qui se trouvent archivées à l'INA (institut national de l'audiovisuel) pour voir ce rôle de complice de la présence coloniale de la France en Afrique.

 

Bien que les époques aient changé, cette fonction de RFI n'a pas trop changé, en tout cas sur les plans de la promotion de la langue, du modèle, de la politique étrangère de la France.

On peut nous objecter que la mission principale des médias, c'est d'informer, y compris pour fournir des éléments de critiques contre la France. Oui, certes, mais il faudrait une certaine subtilité pour voir les mécanismes journalistiques de construction d'un réel pour que la France se positionne bien, de voir la succession des informations, la hiérarchisation de l'information, pour voir qu'il existe d'autres enjeux qu'informationnels.  L'étude du corpus nous permettra d'arriver à cela

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Nous le montreront à travers l'analyse de certains documents radiophoniques que nous trouvons à l'INA. Autre méthode qui permet de voir ce qui se cache derrière l'information brute, objective, c'est que la sémantique utilisée et le mécanisme des réseaux de signes, c'est à dire la construction et la production du sens. En d'autres termes, il faut faire, comme Foucault, entreprendre de « fendre les mots », de chercher la logique de la signifiance, le lieu énonciatif de cristallisation de ce réseau de signifiance.

Durant les tournées de De Gaulle, le comportement du média consiste à être le vassal du pouvoir politique. De ce point de vue, en dépit de la démocratie dont la France se réclamait, comme l'Angleterre ou la Russie, faisaient jouer une fonction de  propagande à ses médias.

Ce qu'on peut remarquer dans le langage journalistique, c'est que celui-ci était élaboré, emphatique, solennel, lyrique.

 

Ce sont là des traits rhétoriques propres à une époque, mais surtout à la confusion entre médias et pouvoir politique. De même, force est de constater que ce style de langage encore soumis à la structure de perception du colon servait à idéaliser la France, à laisser entrevoir dans les mots et les images concernant les colonies, un certain exotisme paternaliste. Le style solennel et grandiloquent caractérisant à une époque un discours, a quelque chose à avoir le pouvoir, comme l'a merveilleusement montré Michel Foucault dans son sublime texte: la vie des hommes infâmes.

Dès lors que les médias se confondent aux pouvoirs politiques et militaires, ils sont certes le signe de la liberté d'expression au sein des nations dominatrices, mais à condition que cette liberté d'expression soit mise au service du bâillonnement des autres. Il y a en outre la structure de la communication bien décrite par deux auteurs comme Lucien Sfez et Jean Baudrillard[21].

 

Le schéma canonique de la communication qui met l'émetteur au centre du procès, est la structure unidirectionnelle et requise pour que la communication hier, comme aujourd'hui, n'en soit pas une. Il y a de la non communication dans la communication, de par la structure même. À savoir que le médium émet sans qu'on lui réponde. Il n'y a pas de réponse à ce que dit le médium.

 

Bien que le procès soit réversible sur un autre mode, à savoir la parole différée ou the Two step flow  communication[22], la parole des radios est sans réponse, en plus, selon leur temporalité.

 

On peut néanmoins objecter que la communication se définit par le fait de l'échange et du partage. Je crois que c'est encore là un mythe dans les théories de la communication sur lesquelles je reviendrai. En effet, je pense, à la suite de Gille Deleuze que la communication est plus une redondance de signes ou de mots d'ordre au sens d'application d'une syntaxe énonciative. Et pour être plus clair au sens du concept d'Enoncé si bien développé par Michel Foucault et sur lequel nous reviendrons.

 

Ce serait intéressant d'explorer cette conception de la communication en vue de montrer ce qui se cache dans l'information et dans la communication, en vue de sortir de la conception habermassienne de la communication comme recherche et réalisation du consensus critique et argumenté sur le plan socio politique. Il faut aussi, au moyen de cette approche, sortir de la conception de l'information et de la communication comme des outils ou des techniques modernes en matière de promotion de la démocratie. Ces objectifs scientifiques viseraient à montrer derrière la communication le jeu des règles de construction des modèles socio politiques, les mécanismes de production du sens et des modèles, l'opération de contrôle social, y compris dans la démocratie, au moyen de la communication.

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Etude SUR LE NORD MALI APRES  LES CONFLITS ARMES

 CAS DE KIDAL

«  Pourquoi tant de souffrances endurées, tant de malentendus alors que l’histoire, le sol, le sang et une grande ambition commune nous condamnent à vivre ensemble ».

English Summerizing: Here is the general report of the mission which is done by our contact. The main points are: description of infrastructures, description of the relationship of communities, the religious structures in the Northern Mali, the economic instability of the Northern Mali.

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A ) Externalité stratégique occidentale et Sanctuarisation salafiste au Nord Mali et au Sahel:

       les logiques du "Nouvel Islam" dans le Sahel

 1°) L'Occident et l'internationale salafiste: ou Alger se débarrasse de ses "fous de Dieu" en les acculant en Afrique noire:

Suivant une option stratégique occidentale dans le contexte de la guerre asymétrique contre le terrorisme, visant à transplanter et à implanter la guerre chez l'ennemi salafiste, l'Occident est parvenu, notamment depuis l'opération de l'OTAN en Afghanistan avec la nouvelle théorisation de la guerre qui l'accompagne, à fixer le salafisme guerrier et mondialisé en de points précis de la planète, en favorisant malgré lui des métastase du salafisme conquérant en Afrique de l'Ouest à dominance musulmane.

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